O Garoto de Copacabana

C’est un gamin. Je l’ai observé et admiré une première fois sur la plage de Copacabana. Et le lendemain aussi, et le surlendemain. Je n’étais pas le seul. Je pense qu’il doit avoir treize ou quatorze ans. Il s’appelle Matheus et chacun le veut dans son équipe. Il est léger et rapide. Il joue d’office au centre. C’est un numéro 10, un milieu de terrain, mais bien plus qu’un simple relayeur-récupérateur. Son jeu possède un extraordinaire pouvoir de conviction. Il repousse et il attire. Il dissipe et il transmet. Il offre ou refuse. Il rayonne autour de lui, et on le respecte. Il est réaliste et a pourtant des gestes-dentelles et des gestes-nœuds. D’un zigzag, d’un balancement, d’un crochet, je l’ai vu organiser un renouement, un renversement des perspectives, un équilibre supérieur, ou propager de nouveaux trajets, par conquête et jaillissement. C’est un relais lumineux. Un numéro 10 de talent, un milieu offensif doué d’un jeu à multiples facettes. Ses hanches commandent ses jambes qui contrôlent ou poussent le ballon, tandis que son torse demeure immobile, dans l’axe d’un regard interrogatif mais décisif. Quelquefois il va, dribblant tous les obstacles, droit devant lui. D’autres fois il fait d’éblouissantes passes aveugles, des passes parfaitement inattendues, qui ouvrent l’espace d’un entre-deux. Peut-être a-t-il déjà voulu faire mieux et bien davantage, mais que je ne comprenais pas…

Enfant à la balle

Drible do Pelé

En hommage à Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé.

J’ai ce goût de l’admiration et je dis qu’aqui é o país do futebol et que c’est là que Pelé driblou. L’image que je garde et regarde est celle d’un face à face. Une image télévisuelle. Une image déjà vieillie. Une lumière l’éclaire. Pour moi son relief et son fond sont en noir et blanc et mes impressions tournent avec abandon autour d’elle. Était-ce Pelé avec la Seleção ? Peut-être même au centre du Maracanã en pleine effervescence ? Et ceci avec cela n’est que pour parfaire l’imagination. En tout cas ce sont deux corps penchés l’un vers l’autre. Deux corps unis et séparés. Deux corps tendus se balançant et comme s’arc-contre-boutant. Quatre jambes nerveuses, chargées et piétinantes. Deux regards s’épiant, s’opposant, s’entretoisant des pieds à la tête, les yeux à demi prosternés vers la balle. Pelé a fixé l’adversaire. Pelé a arrêté l’adversaire. Pelé a invité l’adversaire. Ensuite il l’a défié, l’a provoqué, comme l’interrogeant, se balançant à son rythme en jouant de la hanche. Brusques saccades qui étourdissent l’attention. Après coup il l’a complètement déstabilisé, une fois, deux fois, encore une fois, feintant quelques faux départs par passements de jambes. Puis, d’instinct, d’un coup de rein rapide, lui-même subitement en bon équilibre, et réorganisant tous ses effets, il a poussé la balle à droite, non à gauche, non à droite, ou même par-dessous, se propulsant lui avec elle, s’échappant où il voulait…

Pelé_1960
Match Malmö-Brazil de 1960.